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Pénurie de main d’œuvre : comment retenir les services d’un employé-clé grâce à la fiscalité

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Pénurie de main d’œuvre : comment retenir les services d’un employé-clé grâce à la fiscalité
Jean-René Sénéchal

Le marché de l’emploi du Québec traverse actuellement une période bien particulière. Depuis plusieurs mois déjà, le terme « pénurie de main d’œuvre » est sur toutes les lèvres. Le taux de chômage a même atteint un niveau historiquement bas, en avril 2019, pour se situer sous les 5 %. Le Québec est donc dans un contexte de « plein emploi ». Selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, la province doit combler plus de 120 000 emplois immédiatement! 

Depuis près d’un an, il n’y a pas une semaine sans qu’un de mes clients me parle des problèmes engendrés par la pénurie de main d’œuvre : taux de roulement élevé, demandes salariales exagérées et surtout, difficulté de recruter des employés compétents. 

Chez Barricad, nous ne sommes pas des experts en recrutement. Cependant, nous pouvons vous donner quelques trucs pour garder vos employés compétents!

Les méthodes usuelles

Évidemment, quand on tente de charmer un employé, on pense d’abord aux solutions classiques : 

  • Salaire compétitif;
  • Régime de retraite;
  • Assurances collectives; 
  • Régimes « à la carte » équivalent à un pourcentage du salaire que l’employé échange pour ce qu’il désire (REER, vacances ou congés supplémentaires, bonus, etc.); 
  • Allocation pour la voiture et le cellulaire; 
  • Compte de dépenses;
  • Etc.

Qu’adviendrait-il si un concurrent offrait plus à votre employé? Seriez-vous capable d’offrir les mêmes conditions afin de conserver l’une de vos plus précieuses ressource? Saviez-vous qu’il existe d’autres stratégies qui permettent une meilleure rétention des meilleurs talents sans devoir revoir tout le budget? 

Participation aux profits

Vous avez un employé clé, dévoué et que vous ne pourriez-vous passer? Il est possible de donner à cet employé un vrai sentiment d’appartenance et surtout de le fidéliser pour très longtemps! Pourquoi ne pas lui offrir une participation aux profits de l’entreprise? 

L’employé se sentira ainsi davantage impliqué dans le succès de l’entreprise et sera plus enclin à y investir temps et effort plutôt que de scruter les offres d’emploi sur Linkedin et prendre des cafés avec des chasseurs de tête. Évidemment, il n’est pas question ici de leur donner la valeur passée de tous vos efforts, mais bien de leur offrir une part des profits futurs ou la possibilité de vous acheter des actions.

Gel sans contrepartie

Avec une bonne réorganisation d’entreprise, il est possible de procéder à un gel de la valeur actuelle de l’entreprise et d’intégrer ensuite l’employé dans l’actionnariat. Pour ce faire, on convertit vos actions ordinaires en actions privilégiées, à la valeur marchande, et on procède à une nouvelle émission d’actions ordinaires, au prorata qui vous convient (par exemple 90 % pour vous et 10 % pour l’employé-clé). Ainsi, la valeur passée de la société est « gelée » dans vos mains sous forme d’actions privilégiées et la valeur future de la société sera répartie 90/10 en fonction de la nouvelle répartition de l’actionnariat. 

Par exemple, vous voulez intégrer votre employé à la hauteur de 10% de votre compagnie qui vaut 1 000 000 $. Après 3 ans, grâce à sa collaboration, la société vaut maintenant 3 000 000 $. L’employé obtiendrait ainsi 10% de l’augmentation de valeur de 2 000 000 $, donc ses actions auraient une valeur de 200 000 $.

Ce concept permet ainsi à l’employé de se surpasser et surtout de rester fidèle à l’entreprise car il devient l’artisan de sa réussite!

Vente d’actions

Si vous désirez faire profiter votre employé de la plus-value future, mais également de lui vendre la valeur passée, vous pourriez tout simplement lui vendre une partie de vos actions. Le problème c’est que, bien que nous sommes en pénurie de main d’œuvre, les employés n’ont pas tous 200 000 $ dans leur compte chèque. 

Il serait possible de lui vendre une partie des actions et de lui financer le paiement de celles-ci. Il pourrait ainsi vous payer avec les dividendes futurs reçus à mêmes ses actions. Il faut avoir un horizon de temps assez long et cela implique la création d’une société de gestion pour l’employé (afin qu’il ne pait pas d’impôts sur les revenus de dividendes (sous réserve de l’impôt de la Partie IV), mais on a vu de très beaux résultats avec cette petite planification.

Actions à dividendes discrétionnaires

Votre employé aimerait être actionnaire, mais vous ne voulez pas vous lancer dans quelque chose de complexe et de risqué? Si votre employé est compétent mais votre confiance envers celui-ci est faible, il est possible de lui faire souscrire à des actions à dividendes discrétionnaires. Il s’agit d’actions privilégiées sans droit de vote, sans participation et avec une valeur de rachat fixe nominale (par exemple 10 $). Ainsi, ces actions ne donnent pas réellement d’avantages à l’employé, sauf celui de recevoir des dividendes… à la discrétion du conseil d’administration, souvent formé d’une seule personne… vous! Vous aurez compris que cette possibilité a ses limites. Eastrock management inc. (gestion eastrock) Alberta

Actions fantômes

Une autre stratégie, encore moins connue, est celle des actions fantômes. Un régime d’achat d’actions fantômes est en fait un programme de boni calculé sur la valeur des actions de la société à la date de paiement du boni. Par exemple, l’action de la compagnie vaut 1$ aujourd’hui et vous en remettez 10 000 à un employé clé. Après 3 ans, si l’action vaut 3$, l’employé clé obtiendra une bonification de 20 000$ (3$/action – 1$/action x 10 000 actions). Quelques règles fiscales se rattachent à cette stratégie, dont le report de l’imposition sur ce versement de boni limité à un maximum de trois ans. Cette stratégie peut être intéressante car elle fait partie d’une planification d’intéressement sans actionnariat pour les employés clés. Puisque son boni est relié directement à la réussite de l’entreprise, on peut s’attendre à que ce dernier travaille dans ce sens. 

Vivre avec votre décision

Intéresser un employé dans le capital-actions de votre société, c’est aussi vous imposer un nouvel associé. Celui-ci, même en tant qu’actionnaire minoritaire, aura certains droits. Vous ne serez plus le seul maître à bord, et bien que vous ayez toujours le contrôle de la société, vous ne pourrez pas revenir en arrière facilement.

Une bonne convention entre actionnaires est de mise, pour protéger vos intérêts et ceux du nouveau co-propriétaire de l’entreprise. Il est important de consulter votre juriste pour bien comprendre les implications légales d’une telle décision.

Urgence d’agir

Pourquoi il est important d’agir maintenant? Parce qu’au Québec, il y a un nouveau retraité à chaque huit minutes et parce que le coût de remplacement d’un employé peut être faramineux! C’est sans parler qu’à chaque semaine, il y a des entreprises qui ferment, faute de relève. Vous ne voudriez pas être cette entreprise! 

Utiliser la fiscalité pour réduire vos impôts, c’est brillant. Vous savez maintenant que vous pouvez également vous servir de la fiscalité pour garantir, grâce à une main d’œuvre fidèle, un avenir prospère à votre entreprise.

Article écrit en collaboration avec Dave Poirier
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